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En Béarn, ces passionnés plantent des arbres pour créer des forêts

PAR BÉNÉDICTE MALLET, La République des Pyrénées publié le 6.03.2020

Seul ou en collectif, des hommes et des femmes font pousser des micro-forêts en ville ou près de leur village. Objectif : offrir une autre « sylvilisation ».

Si bien des arbres ont été mis à mal cette semaine en raison des intempéries, il se trouve de plus en plus de monde pour les replacer au cœur de nos vies. Ces ‘’colibris’’ œuvrent un peu partout dans les Pyrénées-Atlantiques. Hommes et femmes qui mettent leur force et leur compétence au service de l’environnement. Ils font chacun leur part pour limiter les dégâts dus au réchauffement climatique et à la gestion à court terme des firmes industrielles.

Pour assurer un retour de la biodiversité dans notre région, ils sont donc de plus en plus à s’emparer de pioches et de plants pour miser sur le bienfait des arbres. En ville, leur ombre rafraîchit les lieux de vie, ils augmentent l’humidité de l’air. Ces climatiseurs naturels stockent le carbone, réduisent les effets de serre, procurent des ions négatifs bienfaisants et des abris pour la faune et la flore… La liste de leur vertu est encore longue surtout si l’on écoute Alain Abadie, ébéniste à la retraite installé du côté de Noguères.

UN ÉBÉNISTE OPTIMISTE

Passionné par le bois, Pierre Traucou est venu aider Alain Abadie à entretenir sa future forêt à Noguères.
Passionné par le bois, Pierre Traucou est venu aider Alain Abadie à entretenir sa future forêt à Noguères.Crédit photo : Bénédicte Mallet

Il y a vingt ans, ce spécialiste de la restauration de meubles béarnais a pris sa bêche pour commencer une première plantation devant la grange familiale, juste en face des usines du bassin de Lacq. Petit propriétaire forestier, il a planté avec ses filles et avec l’aide de quelques copains. « Moi qui ai exploité pendant des années le bois, je me suis dit qu’il fallait faire ce que nos aînés n’ont pas fait ! Ils ont détruit des haies, planté des résineux… sans oublier la surexploitation des forêts par les mastodontes du meuble en kit. » Un crève-cœur pour ce Béarnais « pure souche », qui a le souvenir que les anciens dans les campagnes savaient repérer les plus beaux arbres en vue de les exploiter uniquement pour les grandes occasions : à l’image des armoires réalisées pour les nouveaux mariés.

Aujourd’hui, sa petite forêt a bien poussé et elle réussit presque à faire oublier les cheminées des usines. Désormais à la retraite, il vient d’en planter une seconde sur 3 500 m2. Cette fois, il a oublié les lignes droites et réservé une clairière pour en profiter plus tard avec ses petites filles. Alain a choisi des alisiers des cormiers, des érables… autrefois faciles à trouver en Béarn et désormais devenus des bois précieux ! Il a aussi misé sur des aulnes, des érables planes et sycomores, des chênes rouvres et sessiles, des tilleuls, du noyer…

MEILLEURE ALLIÉE POUR LE CLIMAT

Alain Abadie mise sur cette forêt pour faire le bonheur des futures générations. Une même motivation habite des citadins qui redoutent les îlots de chaleur et ont besoin de retrouver du vert dans leur quotidien bétonné.

On a ainsi vu en octobre dernier 240 étudiants de l’École supérieure de commerce de Pau planter 1 000 arbres sur un terrain de l’Agglomération paloise près de l’entrée nord de Pau (en face de Calicéo) avec des écoliers du quartier Saragosse. Ce projet avait été mené par Nicolas de Brabandère, biologiste belge et fondateur d’Urban forest qui fait pousser des bois en milieu urbain pour « reconvertir les citoyens à une nature de proximité ».

Une forêt plantée selon la méthode du botaniste Miyawaki qui vise à diversifier le plus possible la composition des micro-forêts pour assurer la production de graines, baies, pollen, humus qui enrichiront naturellement des sols peu riches. L’association Arboretoom travaille dans la même veine sur le territoire des Pyrénées-Atlantiques. « Notre objectif : restaurer les liens entre l’humain et son environnement naturel en milieu urbain » précise Olivier Ducuing à l’initiative du projet.

DES ESPÈCES NOURRICIÈRES

Arboretoom vient aussi de mobiliser les volontaires pour planter près de l’ancienne piscine Plein-Ciel. Une première forêt nourricière urbaine située à deux pas de la future ferme bio urbaine. C’est l’association Liken qui a fourni les 750 arbres de cet espace proposé et préparé par la Communauté d’agglomération de Pau. Là aussi, ces espèces locales produiront fruits et graines comestibles, selon la méthode du botaniste japonais.

Arboretoom va proposer d’autres projets entre le Béarn et le Pays basque, notamment à Buros, sur le campus de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour. Armés de pioches et de bottes, seuls ou en collectif, ils œuvrent pour une future « sylvilisation », comme l’écrit Arboretoom.

Hervé Madéo, président de Fransylva pour les Pyrénées-Atlantiques

À quoi sert votre syndicat Fransylva ?

Nous sommes la fédération des « Forestiers privés de France ». Nous représentons et défendons tous les propriétaires. Nous sommes là pour les informer, les conseiller avec des experts juridiques, mais aussi pour les assurer. Pour l’ensemble de ces services, l’adhésion est de 25 € par an et l’assurance responsabilité civile est de seulement 1,09 euro par hectare et par an si, par exemple, quelqu’un se blesse en traversant votre bois. Notre rôle est de promouvoir une gestion responsable et durable de la forêt et des territoires. Nous nous positionnons comme un interlocuteur privilégié sur les questions liées à son environnement.

  • Les petits propriétaires se sentent pourtant souvent seuls et disent ne pas bénéficier d’aide.

Il y a visiblement un manque d’information car tous peuvent recevoir des aides de l’ordre de 50 % pour planter et acheter des plants, se protéger des gibiers. Je n’ai moi-même qu’un hectare et j’ai pu être accompagné. C’est véritablement ouvert à tout le monde.

  • Combien y-a-t-il de propriétaires forestiers dans le 64 ?

Il y a 55 000 propriétaires privés dans les Pyrénées-Atlantiques qui possèdent en moyenne 2,6 hectares chacun. Mais ces chiffres pourraient être revus car certains propriétaires ne savent même pas où se trouve leur forêt, quand d’autres ne savent même plus qu’ils en ont hérité ! En France, on compte 3,5 millions de propriétaires forestiers et seulement 380 000 qui possèdent plus de 76 % de la surface forestière.
Que pensez-vous des nouvelles forêts urbaines ? Peuvent-elles faire partie de votre syndicat ?
La forêt abrite 80 % de la biodiversité, alors tous les gens qui aiment les arbres ont bien sûr leur place avec nous et peuvent bénéficier des mêmes services que ceux qui possèdent un bois à la campagne. Je les invite à nous contacter via notre site internet fransylva.fr

La forêt couvre 27 % des Pyrénées-Atlantiques

Avec 211000 hectares, la forêt couvre 27 % du département des Pyrénées-Atlantiques (*). La forêt privée représentent les 2/3 de la superficie forestière. Le reste appartient essentiellement à des communes ou des syndicats de communes (il n’y a qu’une seule forêt domaniale : le bois de Bastard).

Plus de 90 % des essences sont des feuillus.

Cette forêt est largement sous exploitée. Un peu plus du tiers seulement de l’accroissement biologique est prélevé aujourd’hui. Cette forêt possède un potentiel de récolte très important mais aussi l’un des taux de mortalité les plus forts de France.

Les Pyrénées-Atlantiques n’échappent pas à la règle du morcellement avec en moyenne 2,6 ha par propriétaire, pas forcément d’un seul tenant. Ce morcellement est à relativiser car les 2/3 de la surface appartiennent à seulement 10 % des propriétaires, ceux qui possèdent plus de 4 ha.


(*) Source Francesylva